août 9, 2026

Chasse aux sorcières en Corée du Sud : jusqu’où les autorités iront-elles ?

SÉOUL – Communiqué de presse

SÉOUL, Corée du Sud, 7 août 2026 – Human Rights Without Frontiers (HRWF), aux côtés de la CAP Liberté de Conscience, de FOREF, de CESNUR et de Bitter Winter, a tenu aujourd’hui une conférence de presse au Club des correspondants étrangers de Séoul sur la liberté de religion et d’expression en Corée du Sud, portant notamment sur le traitement réservé à des responsables religieux âgés maintenus en prison en attendant leur procès.

Vidéo de la conférence de presse

Les questions posées concernaient la proportionnalité de cette détention, la prise en compte de considérations humaines comme leur santé, et le respect des étapes légales.

Les organisations ont appelé les autorités sud-coréennes à réexaminer la détention du président Lee Man-hee, 95 ans, dirigeant de l’Église Shincheonji, et à veiller à ce que la réponse apportée aux minorités religieuses reste neutre et proportionnée, notamment à l’égard de Mme Hak-ja Han Moon, 83 ans, de l’Église de l’Unification.

Ces questions s’inscrivent dans des préoccupations plus larges relatives à la liberté de religion en Corée du Sud, notamment au sujet de l’Église Segero à Busan, qui continuerait de subir harcèlement officiel après la libération du pasteur Son Hyun-bo.

D’autres interrogations concernent l’objection de conscience, l’hostilité envers un projet de mosquée à Daegu, et les aménagements religieux en milieu scolaire. HRWF documente depuis des décennies l’emprisonnement de Témoins de Jéhovah à ce titre ; le service civil alternatif instauré depuis est jugé punitif, imposant 36 mois en établissement pénitentiaire, soit le double du service militaire ordinaire.

Hans Noot, directeur adjoint de HRWF, a déclaré que ces enjeux « touchent au cœur même de la société démocratique », avertissant que la stigmatisation des communautés religieuses et la restriction des rassemblements pacifiques ont des conséquences qui « dépassent largement un seul groupe ». La conférence visait, a-t-il précisé, à « défendre un principe : les droits fondamentaux s’appliquent de manière égale à tous ».

Thierry Valle, président de CAP Liberté de Conscience, s’est penché sur la légalité de cette détention au regard du droit international, s’interrogeant sur la conformité de la détention provisoire d’une personne de 95 ans avec les engagements pris par la Corée du Sud, et insistant sur la primauté de la présomption d’innocence.

Michael Langhans, directeur exécutif de FOREF Allemagne, a questionné la nécessité d’une détention provisoire alors que les éléments réunis étaient déjà jugés suffisants pour une mise en examen, face à un discours présentant la communauté du prévenu comme une « secte ». L’affaire soulève une question plus large : des dispositifs censés protéger des élections équitables peuvent-ils être appliqués sans annuler le droit à la liberté religieuse ?

Márk Nemes, directeur adjoint de CESNUR, a évoqué les effets d’une persécution continue sur les minorités confessionnelles, citant trois études universitaires récentes constatant une hausse préoccupante de l’hostilité envers ce mouvement pacifique. Shincheonji est un mouvement mondial, a-t-il rappelé, dont les libertés d’exprimer et de pratiquer sa foi constituent des droits inaliénables.

Massimo Introvigne, directeur général de CESNUR et rédacteur en chef de Bitter Winter, a déclaré que la Corée du Sud « a franchi une ligne préoccupante » en arrêtant le président Lee, les Règles Mandela recommandant une assignation à résidence plutôt qu’un emprisonnement pour une personne de 95 ans accusée d’une infraction non violente. Les charges retenues « semblent juridiquement et conceptuellement excessives », a-t-il averti, s’inscrivant dans un schéma plus large de pression contre les minorités confessionnelles du pays.

Les organisations ont appelé les autorités sud-coréennes, les médias et la communauté internationale à examiner ces développements dans le respect des droits fondamentaux.

À l’issue de la conférence, les intervenants ont signé une lettre appelant le gouvernement de la République de Corée à libérer immédiatement le président Lee.

Dans un monde où les croyances évoluent et se confrontent à de nouveaux défis, la réflexion sur ces questions rejoint aussi les analyses proposées dans La spiritualité et la pratique religieuse dans le monde moderne : tendances et défis.

Pour en savoir plus : https://hrwf.eu/south-korea-한국-des-organisations européennes de défense des droits humains tirent la sonnette d’alarme concernant la liberté de religion et d’expression/