PAROISSE catholique Saint Irénée - SAINT JUST (LYON 5)

L'église Saint-Irénée en son quartier

 

Dans une ville comme Lugdunum, vivants et défunts ne cohabitaient pas : urnes funéraires ou tombes étaient placées "hors les murs", le plus souvent le long des routes. Cette règle strictement appliquée dans tout le monde romain, ne résultait pas de préoccupations hygiénistes mais de la volonté d'éloigner physiquement le monde des morts, considéré comme parallèle à celui des vivants.

 

C'est ainsi que le secteur de Trion devint un vaste espace funéraire à la fois par sa position extérieure à la ville mais aussi au carrefour de trois grandes voies, dont le nom - dérivé de Trivium - a gardé le souvenir. Trois routes principales se croisaient à l'endroit de la place actuelle, chacune desservant un des territoires placés sous l'administration de la capitale des Gaules :  la voie du Rhin, la voie de l'Océan (en direction du Nord) et la voie d'Aquitaine. Le long de cette dernière, 500 tombes (du 1er au IIIe siècle) sont découvertes en 1983, entre les rues de la Favorite et du Commandant-Charcot.

 

A l'origine, un habitat clairsemé de villas occupait le secteur de Trion. Dès le 1er siècle avant J-C., de premières sépultures s'installent. Au siècle suivant, certaines maisons seront même détruites pour faire de la place à cet espace funéraire en pleine expansion. L'ouverture d'un tronçon de route pour relier la voie Narbonnaise au plateau provoquera son extension vers les secteurs de Saint-Just et Saint-Irénée. Les sépultures sont aussi nombreuses que variées : des plus imposantes, comme ces mausolées découverts en 1885 près de la place de Trion (et remontés place Eugène Wernert), ou des sarcophages plus ou moins ouvragés, aux plus modestes, urnes ou simples coffrages de dalles ou de bois. L'endroit ayant vocation à recevoir les défunts de la ville romaine, la coutume se perpétue à l'époque paléochrétienne et s'amplifie avec le culte voué aux martyrs, près desquels on souhaite se faire inhumer pour bénéficier de leur intercession dans l'au-delà, qui suscite de nombreux pèlerinages.

 

A son décès (fin IIe ou début IIIe siècle), Irénée, 2ème évêque de Lyon et successeur de Pothin en 177, aurait été discrètement inhumé dans la nécropole. Les restes d'Alexandre et Epipode, martyrs de 178 d'abord cachés par leurs frères, vinrent l'y rejoindre quand les chrétiens purent librement pratiquer leur religion à partir de 313. C'est le début du culte des martyrs dont la mémoire collective avait conservé le souvenir et qui le concrétisera au siècle suivant par la mise par écrit de leurs "passions" (Saints Alexandre et Epipode, Saint Irénée) et l'érection d'une basilique funéraire en leur honneur.

 

De premières tombes chrétiennes apparaissent dans la nécropole dès le IVe siècle, recherchant la protection des saints martyrs. On réemploie alors couramment des matériaux enlevés à la ville romaine abandonnée (colonnes, pierres de construction) ou issus de la nécropole antique (mausolées, sarcophages, stèles ou autels funéraires) qui, une fois retaillés et creusés, resservent de sépultures.

 

En 2015, on dégage rue des fossés de Trion des sépultures toutes orientées en direction de la basilique, devenu haut-lieu du christianisme lyonnais. Un peu plus tard, 600 tombes (du IVe au VIIe siècle) sont mises au jour sur le terrain situé en contrebas de l'archevêché, faisant du lieu la plus grande nécropole fouillée de la ville. Ces découvertes attestent de l'existence d'une importante communauté chrétienne à Lyon, considérée comme le premier foyer d'évangélisation de l'Europe du Sud.

 

Bien après que la ville haute (secteur de Fourvière) ait été désertée par ses habitants au IIIe siècle, la nécropole de Saint-Irénée restera utilisée, probablement jusqu'au Xe siècle. Des fouilles menées en 2000 sur la place ont révélé la présence aux V-VIe siècles d'un atelier de taille de sarcophages. Un cimetière succéda à la nécropole, au Nord et à l'Est de l'église, qui perdurera jusqu'à la Révolution.

 

En souvenir de ce passé bimillénaire, un autel funéraire romain et quelques sarcophages chrétiens, trouvés sur place ou dans la rue des Macchabées voisine, ont été disposés autour de l'église en 1945.  Notre église est donc née de cette nécropole et notre quartier est né de la présence de cette église.

 

 

Les églises Saint-Irénée

 

A travers les siècles, le site connaîtra en effet bien des transformations et reconstructions. Dès la seconde moitié du Ve siècle, la nécropole accueille une basilique dédiée à Saint Jean Baptiste. C'est dans sa crypte qu'avaient été déposées les corps d'Irénée et ceux d'Alexandre et Epipode. Ce devait être un assez grand sanctuaire formé de trois nefs avec un chœur surélevé par la présence de la crypte. Le niveau du sol de la nef devait être voisin de celui du sol extérieur actuel.

 

Au cours du IXe siècle, il connaît une importante reconstruction, peut-être justifiée par son état de délabrement. La crypte est rehaussée et élargie, divisée en trois nefs par deux files de piliers. L'édifice est doté d'une structure bipartite,  tout à fait caractéristique : l'église proprement dite, très courte, prolongée par un porche (mesurant à peu près la moitié de sa longueur) qui abrite chapelles supérieures et inférieures, escalier, narthex ainsi que des couloirs à degrés donnant accès à la crypte.  Ce bâtiment postcarolingien, qui intègre beaucoup de réemplois provenant de la nécropole, ne connaitra probablement pas de grand changement jusqu'au XVIe siècle. Connue à partir du Xe siècle sous le nom de Saint-Irénée, l'église devait être assez richement décorée, comme l'attestent certains témoignages. Mais elle est surtout riche de ses reliques qui attiraient les pèlerins mais aussi les donations et les choix de sépulture.

 

C'est à la fin du Xe siècle que se fait jour progressivement la délimitation des territoires affectés aux deux basiliques voisines, de Saint-Irénée (celle des martyrs) et de Saint-Just (celle des confesseurs), et que le mot de parochia, qui désignait jusque-là le groupe de fidèles fréquentant telle ou telle église, prend le sens territorial que nous lui connaissons.  Lors des guerres de Religion qui vit Lyon passer sous domination protestante en 1562-1563, l'église Saint-Irénée et sa crypte subissent de très sévères destructions ; toutefois moins définitives qu'à Saint-Just qui est entièrement rasée. Les restes des saints et des chrétiens qui étaient enterrés dans la crypte sont exhumés et dispersés, parfois brûlés. Il faudra attendre les années 1590 pour qu'un début de reconstruction s'amorce. Elle est menée à l'identique, conservant cette structure bipartite qui perdurera jusqu'au XIXe siècle. Après l'église, où le culte reprend en 1593, la crypte est restaurée probablement autour des années 1630. Les ossements épars qui avaient été exhumés de son sol sont rassemblés dans un ossuaire où ils sont toujours.

 

Au XVIIIe siècle, l'église ne connaît que quelques adaptations : allongement probable du chœur, adjonction de nouveaux bâtiments. A la fin du siècle, avant même le siège de Lyon et les déprédations révolutionnaires, les paroissiens la tenaient toutefois pour "petite, mal bâtie, et menaçant par sa caducité d'un écroulement peut-être prochain". Pendant la Révolution, elle servira de grange à foin. En 1802, Saint-Irénée est "première des églises de Lyon à être ouvertes aux catholiques". La vie paroissiale se réorganise au milieu des ruines, tant la "mère des églises de Gaule" comme on disait alors, est dans un état de délabrement et de dénuement absolu ; comme le confirme l'effondrement de la toiture de la nef six mois après sa réouverture. Elle sera restaurée, mais toujours jugée trop petite.

 

De 1824 à 1830, l'église est reconstruite de fond en comble. Le grand porche est démoli, ce qui permet d'allonger la nef de 11 mètres. Un nouveau clocher est bâti au chevet de l'église et un vaste nouveau chœur est construit au-dessus d'une chapelle souterraine creusée au-delà de la crypte, qui sera à son tour restaurée en 1863 dans le style carolingien.

L'édifice change radicalement de physionomie, pour devenir celui que nous voyons aujourd'hui.

 

De la basilique des Macchabées à l'église Saint-Just

 

Comme Saint-Laurent de Choulans en contrebas et Saint-Irénée, sa voisine, la première église Saint-Just a d'abord été une basilique funéraire construite au cœur d'une nécropole paléochrétienne. Son emplacement originel est accessible au cœur d'un jardin archéologique (13-15 rue des Macchabées). Dédiée originellement aux 7 frères Macchabées, martyrs juifs du IIe siècle avant J.C., elle prit ensuite le nom de Justus, le 13ème évêque de Lyon, originaire de Tournon, qui vécut au IVe siècle.

 

Se sentant responsable de n'avoir pu empêcher le lynchage d'un homme ayant trouvé refuge dans sa cathédrale, il rendit les insignes de sa charge épiscopale et partit faire pénitence en Egypte où il devint ermite dans le désert. A sa mort, les Lyonnais qui lui étaient restés très attachés ramenèrent son corps qu'ils déposeront dans un mausolée au cœur de la nécropole. A la fin du IVe ou au tout début du Ve siècle, on construira une basilique pour abriter sa dépouille. Jusqu'au IXe siècle, 8 évêques seront enterrés auprès de leur saint prédécesseur.

 

Au cours de la première moitié du Ve siècle, le premier édifice est agrandi, notamment par la construction d'un vaste transept et d'une abside polygonale. Elle sera encore reconstruite à l'époque romane, puis gothique. Cette dernière construction du XIIIe siècle devait être la plus grande et la plus riche des églises de Lyon après la primatiale Saint-Jean, dont elle faisait figure de "sœur cadette" avec ses 70 mètres de long et 25 mètres de large, et ses deux grands clochers. Parée du titre de "première collégiale", elle était desservie par 25 chanoines (alors que Saint-Irénée n'en comptait que 7), sans doute en raison des liens privilégiés unissant le chapitre de Saint-Just à l'évêque et aux chanoines de la cathédrale. Le cloître de Saint-Just servira ainsi de cadre à d'importants événements et accueillera de grands personnages, comme le Pape Innocent IV qui y séjourna lors du premier Concile de Lyon, de 1244 à 1251.

 

Du fait de sa situation en dehors de Lyon, la ville de Saint-Just (dont le bourg Saint-Irénée faisait partie) était entourée de remparts bordés de fossés et percés de deux portes ouvrant sur l'extérieur. Probablement construite au XIe siècle, cette enceinte sera rattachée vers 1360 à celle de Lyon. Au cœur de cet ensemble fortifié, le cloître de Saint-Just s'étendait sur environ 3 hectares. Même s'il comprenait un "petit cloître" adossé à l'église, il faut imaginer tout un quartier formé par les maisons des chanoines, lui-même ceint de murailles et de tours ; une véritable forteresse, l'expression de "château de Saint-Just" était d'ailleurs souvent utilisée alors pour désigner le 'grand' cloître.  Les guerres de Religion lui porteront pourtant un coup fatal. En 1562, la plupart des maisons seront détruites et l'église totalement rasée ; à un point tel qu'on perdra toute trace de son emplacement. Il ne fut redécouvert qu'au début des années 1970 lors de la construction d'un projet immobilier. Un mur peint reproduisant une scénographie datant de 1550 offre un bon aperçu de l'ancien cloître.

 

A partir de 1564, les chanoines font bâtir une nouvelle église, plus modeste que la précédente mais dont elle réemploiera de nombreux matériaux. Ils la construisent à quelque 200 mètres du lieu initial à l'intérieur des murs de la ville de Lyon ; à l'emplacement que nous lui connaissons aujourd'hui. Au XVIIIème siècle, elle est dotée d'une façade monumentale de style néoclassique intégrant quelques éléments baroques due à Jean Delamonce. Au sortir de la Révolution, l'église est restaurée : on inscrit alors sur son fronton ces mots qui rappellent la dédicace de la primitive église : "Macchabeis primo deinde sancto Iusto" (Aux Macchabées d'abord puis à Saint-Just).  Après avoir été inoccupée une vingtaine d'années, elle abrite depuis 2014 les célébrations (en latin) de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre.

 

paroisse catholique
St Irénée - st just